Nouveau jour, nouveau livre. Décidemment, cette sélection du jury du grand prix d’AudioLib est aussi riche que passionnante et chaque jour, je m’estime chanceuse de faire partie de ce jury et de découvrir des romans aussi variés que passionnants. C’est au tour du Consentement de Vanessa Springora d’être débriefé dans ce nouvel article. Ce roman, avant de le découvrir via le jury, je l’avais découvert dans les infos puisque sa sortie médiatique a fait grand bruit. Il est certain que s’il n’avait pas fait partie des sélectionnés, je ne l’aurais pas lu. Ce n’est pas vraiment le genre de roman que j’ai l’habitude de lire. Trop en prise avec l’actualité, trop brûlant, trop « témoignage », c’est ce que je me serais dit très certainement. Encore une fois, je remercie la chance de faire partie du jury, chance qui me fait sortir de ma zone de confort et découvrir des livres à côté desquels je serais certainement passée.

Ce roman est celui d’une vengeance ou d’une exorcisation. L’autrice explique en préambule que son bourreau étant désormais hors d’atteinte, elle va s’attacher à l’enfermer dans les pages de son livre comme dans une cage. Dès le préambule, j’ai été, je dois le reconnaître, happée. Les mots sont forts, ils sont justes, ils sont puissants. Le style et la narration montrent immédiatement que le livre ne laissera pas indifférent. Très honnêtement, je craignais un peu le témoignage sans grande qualité littéraire. Je faisais fausse route.

L’histoire se passe il y a trente ans. L’autrice avait alors 14 ans et un écrivain à succès, qu’elle nomme G dans le roman, a jeté son dévolu sur elle. Il entretient avec elle une relation amoureuse malsaine et l’emprisonne dans sa toile qu’il referme sur elle. Elle n’a pas encore 14 ans, il en a près de 40. Et pourtant… personne n’est choqué, ne se révolte ou ne cherche à l’extirper de cette domination. G se vante de ces corps d’enfants, de sa détestation de la maturité, de son amour pour les adolescentes ou presqu’adolescentes. Et encore une fois, aucune contestation. Invité sur un plateau de Bernard Pivot, il se présente comme un professeur d’éducation sexuelle spécialisé dans les minettes. Très franchement, quand j’ai lu ce passage, j’ai dû aller vérifier sur le site de l’INA la véracité de ces propos et oui oui, des hommes, quinqua se gaussent en évoquant des relations sexuelles de toutes jeunes filles avec G. La colère et l’écoeurement qui montaient progressivement au fil de l’écoute a alors atteint son acmé. Et j’ai compris la démarche de l’auteur. Il faut dire, il faut faire savoir, il faut que ça cesse, que cela ne se reproduise plus. Il faut qu’elle s’entende dire que non ce n’est pas normal, non on ne livre pas une gamine de 13 ans aux envies sexuelles perverses d’un homme de deux fois son âge, même s’il est célèbre, même s’il est qu’il a du talent. L’artiste et l’homme… Le débat actuel…

Finalement, cette lecture, que je n’aurais pas faite sans le jury, a été comme un uppercut, ce témoignage est aussi fort et puissant qu’il est écrit avec talent. La plume est vive, le verbe acéré. Un peu moins de 4 heures d’écoute mais des heures et des heures à y repenser ensuite, à se demander comment cela a pu être possible, comment cela a pu être cautionné et louer enfin la force de caractère de l’auteur qui a réussi à sortir, non sans y laisser des plumes, de cette emprise.

Enfin, la narration est parfaite et donne au roman audio toute sa puissance. C’est donc un gros gros coup de coeur !

Passez une bien belle journée !

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