Jury Audiolib 2026 : Le Chant du Prophète — Paul Lynch

Cette année, j’ai la chance de faire partie du jury du Prix Audiolib. Dix livres à écouter, dix histoires à laisser entrer, dix voix à accueillir dans mes oreilles pendant mes trajets, mes séances de tricot, mes moments volés entre deux rendez-vous. Je suis une grande amoureuse des livres audio — cette façon d’habiter une histoire différemment, de la ressentir autant que de la lire. Et aujourd’hui, je vous parle du Chant du Prophète de Paul Lynch.

Celui-là, je vais être honnête, a été une vraie bataille.

Le Chant du Prophète est une dystopie qui se passe en Irlande — une Irlande d’une autre réalité, dans laquelle un régime totalitaire a progressivement pris le pouvoir. On suit Eilish, mère de famille ordinaire, rattrapée de plein fouet par cette bascule politique. Son mari est arrêté, disparaît. Son fils aîné rejoint la résistance, puis disparaît à son tour. Et Eilish, elle, tient. Elle tient comme on tient quand on n’a pas le choix, avec ses enfants autour d’elle et une vie qui s’effondre en silence. Une possibilité de fuite vers le Canada s’ouvre — mais saura-t-elle la saisir ?

Sur le papier, ce roman a tout pour me captiver. J’avais adoré La Servante écarlate d’Atwood, et en écoutant les premières heures, j’ai retrouvé cette même sensation d’un monde familier qui déraille lentement. Le sujet est puissant, terriblement actuel — ce que certaines familles affrontent encore aujourd’hui à cause de situations politiques qui dégénèrent, c’est une réalité que ce livre met en lumière avec une vraie acuité.

Mais voilà. Je ne suis pas rentrée dedans. Pas faute d’avoir essayé.

Le ton grave, presque sans respiration, la narration dense et peu incarnée — j’ai eu du mal à m’y accrocher. Il y a des moments où j’ai senti le livre vouloir m’atteindre, notamment la mort du fils cadet, une scène d’une cruauté sourde qui m’a stoppée net. Mais ces éclats n’ont pas suffi à me porter sur la durée.

Je pense que c’est un roman qui peut toucher profondément d’autres lecteurs — il a d’ailleurs reçu le Booker Prize, ce qui n’est pas rien. Mais la littérature, c’est aussi ça : une rencontre qui se fait, ou pas. Et cette fois, ce n’était pas pour moi.

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