Cette année, j’ai la chance de faire partie du jury du Prix Audiolib. Dix livres à écouter, dix histoires à laisser entrer, dix voix à accueillir dans mes oreilles pendant mes trajets, mes séances de tricot, mes moments volés entre deux rendez-vous. Je suis une grande amoureuse des livres audio — cette façon d’habiter une histoire différemment, de la ressentir autant que de la lire. Et aujourd’hui, je vous parle du Livre de Kells de Sorj Chalandon.
Et celui-là… il m’a résisté jusqu’au bout.
Je vais être complètement honnête, parce que c’est le seul pacte qui vaille dans une chronique : je n’ai pas réussi à rentrer dans ce livre. Pas faute d’avoir essayé. J’ai lutté, vraiment lutté — et puis j’ai abandonné. C’est la première fois que ça m’arrive dans cette sélection, et je le dis sans honte, parce que parfois la rencontre ne se fait tout simplement pas.
Ce qui m’a perdue dès le départ, c’est la narration. Monocorde, sans aspérités, sans ces variations de rythme qui font qu’on s’accroche même quand le texte est dense. J’aurais eu besoin qu’une voix me prenne par la main et m’emmène — ça n’a pas eu lieu. Je restais là, à l’extérieur, imperméable, à attendre que quelque chose me touche. Il y a eu quelques rares instants où un mot, une image, une phrase me rattrapait brièvement. Mais c’était trop court, trop isolé pour me porter.
Ce qui rend ça encore plus étrange, c’est que Sorj Chalandon est un auteur que j’aime. Enfant de salaud avait été un vrai coup de cœur — un de ces livres qui vous habitent longtemps. Alors j’attendais quelque chose de fort, de juste, de puissant. Et cette attente-là, peut-être, a rendu la déception encore plus nette.
Certains livres ne sont pas faits pour nous à un moment précis. Ou pas faits pour nous tout court. Le Livre de Kells, c’est ma résistance à moi dans cette sélection. Et ça aussi, c’est une réponse honnête à donner.

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